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Solipcity

Critique jeu de rôle | Solipcity – tout fout le camp… et c’est génial

Solipcity est un jeu de rôle français sorti en 2012, édité par Les XII Singes et appartenant à leur gamme Clé en main. Comptant 64 pages, Solipcity vous laisse livrés à vous-mêmes dans une New York où tout a foutu le camp et il ne reste plus que vous pour… vous ne savez même pas pourquoi !

Solipcity New York

« MJ : Bon alors, les gars, aujourd’hui, vous vous réveillez chez à vous à Manhattan à 6h17 et… tout le monde a disparu !

PJ 1 : Quoi ? Comment ça, tout le monde ?

MJ : Tout le monde. Tes gosses, ta femme, ton voisin qui vient tout le temps sonner pour te dire à quel point tes gosses sont chiants, tout le monde a disparu !

PJ 1 : Ah ben si c’est le voisin, ça va…

PJ 2 : Oui mais alors on fait quoi ?

MJ : Ben c’est à vous de me le dire… que faites-vous ?

PJ 3 : Euh… je sors pour m’assurer que y a personne.

MJ : Tu sors et tu ne vois effectivement personne.

PJ 1 : Moi je vais au commissariat de police le plus proche pour faire le plein d’armes, ça pue l’apocalypse de zombies, cette histoire !

PJ 2 : On est à New York, c’est ça ? Ils ont un Apple Store ?

MJ : Tout à fait, sur la Cinquième Avenue, entouré d’un cube de verre.

PJ 2 : Bon alors d’abord, comme je suis artiste de rue, je trouve une voiture à proximité, je tague +F*ck the police dessus+ et j’essaie d’entrer dedans. Je fais un jet de Technique mécanique ?

MJ : Vas-y, lance tes trois dés… très bien, tu arrives à crocheter la portière, refais un nouveau jet pour voir si t’arrives à démarrer le moteur… super, encore réussi.

PJ 2 : Je fonce avec ma caisse à l’Apple Store, je vais enfin pouvoir avoir mon propre Mac. Une fois sur place, je cherche un gros caillou autour de moi et je le balance sur la vitrine.

MJ : OK, fais un jet de Tir à distance… raté. Alors tu te positionnes pour balancer ton caillou comme un joueur de baseball et tu le balances de toutes tes forces. Tu entends un +gong+ car ton caillou a rebondi sur le double vitrage…

PJ 3 : Moi, pendant ce temps, je commence à paniquer et je vais à Times Square car il doit sûrement y avoir du monde là-bas. J’habite pas très loin.

MJ : Parfait. Une fois sur place, tu commences à sentir un énorme vide au fond de toi, tu marches en plein milieu de la place, les pubs et les écrans fonctionnent mais c’est désert. Il n’y a pas un bruit, pas un animal, pas âme qui vive dans cette place qui ne dort jamais. 

PJ 3 : Merde, mais qu’est-ce qui se passe ?

MJ : Fais-moi un jet de Perception… c’est réussi. Tu regardes autour de toi, tu ne cesses de bouger dans tous les sens, ta respiration s’accélère et tu t’arrêtes net quand tu sembles apercevoir un rayon te frapper les yeux. Tu baisses ensuite la tête et tu vois un laser rouge pointé sur ton thorax. Et là, quelqu’un crie : +Un pas de plus et je t’explose !+« 

On décortique Solipcity


SolipcitySolipcity
est un burst, c’est-à-dire un jeu de rôle complet avec une histoire et un système qui lui sont propres, à usage unique. Il se contente donc d’un simple encart sur le jeu de rôle en général avant de passer aux choses plus sérieuses. Solipcity contient :

  • Le Préambule (7 pages) qui intègre le sommaire, une introduction quant à l’univers et ses protagonistes ainsi qu’une information sur le déroulement de la campagne ;
  • L’Île nue (19 pages), le premier des 5 scénarios, qui reprend tous les éléments et intervenants du premier scénario, sans proposer d’ordre figé, malgré quelques points de repère chronologiques importants ;
  • Chinatown (7 pages), le second scénario ;
  • Vigilante (7 pages), le troisième scénario ;
  • L’Antre du Conteur (5 pages), le quatrième scénario ;
  • Game Master (14 pages), qui se joue automatiquement à la fin, contrairement aux trois scénarios précédents qui sont interchangeables, et qui se construit au gré des événements ayant eu lieu dans les scénarios 1 à 4 ;
  • 10 fiches de personnages pré-tirés accompagnent le livre, il n’y a donc pas de système de création de personnages prévu ;
  • 7 fiches d’aides de jeu permettant au MJ d’aborder le jeu sous une dimension plus immersive.

À noter que le système de règles de la gamme Clé en main, appartenant à Les XII Singes, ne se trouve pas dans le livre, suite à une erreur d’édition. Il est cependant possible de télécharger les 6 fiches de règles sur le site de l’éditeur.

Univers : un beau matin… y a plus personne

Encore une fois, je me suis laissé emporter par le synopsis accrocheur d’un jeu de rôle. En effet, Solipcity se contente du strict minimum pour aguicher le lecteur un peu trop curieux. « New York, aujourd’hui. Vous vous réveillez à 6h17 et découvrez que la ville est abandonnée. Vos voisins, vos proches, tous les habitants ont disparu ». Comment ne pas vouloir ouvrir ce bouquin ? Cela dit, si vous souhaitez être joueur plutôt que MJ, calmez vos ardeurs. Cette phrase est la seule information à laquelle vous ayez droit. Solipcity repose sur un postulat secret, si bien que les joueurs ignorent tout des tenants et aboutissants de l’histoire. Ils ne les découvriront qu’en jouant. Le mystère doit donc être complet dès le départ.

Concernant le cadre, nous sommes à New York, aujourd’hui. Personnellement, j’ai situé l’action en 2005 pour des questions pratiques. Le livre offre toutefois suffisamment d’informations sur la manière de gérer l’univers et les objets qui entourent les joueurs de sorte à respecter le scénario. Je sais que ça paraît très énigmatique, dit comme ça, mais les aspirants MJ comprendront en feuilletant Solipcity. Dernier point sur le contexte : le jeu offre une carte miniature (vraiment !) de Manhattan. L’idée étant de permettre aux joueurs de se situer.

Solipcity
Voyagez jusqu’à New York avec Solipcity

Design et lisibilité : droit au but, goal !

Il n’y a vraiment pas grand-chose à dire sur le livre de Solipcity. Une couverture avec un texte flouté et une vue du ciel de Manhattan. Un format A5 souple en noir et blanc avec une structure claire et lisible. Des encarts ci et là pour assister le MJ. De belles illustrations de type comic signées Olivier Trocklé. Mêmes les quelques photos qui parsèment le bouquin ont été retravaillées pour respecter ce côté graphique, on ne peut donc qu’apprécier la simplicité et l’efficacité du design. Les aides de jeu sont quant à elle de très bonne facture et assisteront sans problème les joueurs dans leur quête. Tout au plus peut-on regretter les quelques coquilles – un nombre assez important pour qu’on le mentionne – qui auraient pu bénéficier d’une relecture supplémentaire.

Le vrai « défaut » du jeu, c’est l’absence des règles. Tout le monde n’a pas forcément envie d’aller les télécharger et de les lire sur un écran. Reste donc la question de savoir si Solipcity vaut ses 29,99 euros. C’est une des critiques qui lui fut adressée à sa sortie et elle est compréhensible – surtout sans les règles. Cependant, à ce prix, on a tout de même une campagne complète qui peut prendre jusqu’à 7 séances de jeu. À chacun-e de juger si le jeu en vaut la chandelle.

Solipcity
C’est simple, c’est beau et ça marche… enfin, ça tangue, plutôt !

Système de jeu : du DK simplifié

Une fois les règles téléchargées, on parcourt les 6 fiches recto-verso. Chaque fiche (ou presque) aborde un nouvel aspect. Personnages, compétences, actions, équipement, voire même conseils au MJ. C’est léger, c’est simple et ça se lit rapidement. Sur papier, le système – qui ressemble à une version simplifiée du système dK – a l’air efficace. Il s’affranchit de toutes les données chiffrées d’un Donjons & Dragons pour ne garder que le strict minimum. Concrètement, le personnage a des points de pour chacune des compétences listées sur sa fiche. Il tire 3 dés à 6 faces et ajoute au résultat ses points de compétence. S’il égale ou dépasse le seuil de difficulté prévu par le MJ, le jet est réussi.

À ce système extrêmement simple s’ajoutent les Atouts et les Points héroïques. Les Atouts octroient des bonus passifs et permettent de relancer un dé dans certaines circonstances. Bref, les Atouts sont divers et offrent des avantages non-négligeables. Les Points héroïques permettent toute une série d’actions, comme d’ajouter un effet à une compétence ou de relancer un dé. Étant rares, il faut les dépenser à bon escient. Restent une série de mécanismes, les Primes et Pénalités, qui ne sont en fait que des bonus et malus imposés selon les circonstances. Les joueurs peuvent toutefois aussi utiliser une Prime s’ils le souhaitent, à condition d’utiliser une Pénalité en retour. Par exemple, un joueur peut utiliser une Prime lui offrant un quatrième dé (augmentant ses chances de réussite) mais il s’agit d’une action difficile, il souffre donc des effets d’une Pénalité imposant un malus de -2 à son jet.

Solipcity
Va falloir télécharger les règles car elles sont pas dans le bouquin… pas bien !

Et quand on joue ? I love New York

Quand j’ai reçu Solipcity, le cachet « MJ expérimenté » sur la couverture a attiré mon attention. Et je vous avoue qu’il ne m’a pas rassuré. Je n’ai pas la prétention d’être un MJ expérimenté et j’étais conscient de la difficulté de maîtriser dans un tel univers. Après tout, l’ambiance revêt une importance capitale, il est indispensable de plonger les joueurs dans cette île de Manhattan déserte, avec tout l’effroi que peut provoquer l’idée de se retrouver *tout seul* en plein Times Square. Pour autant, les joueurs se sont vite pris au jeu et ont même proposé qu’on aille au finish du premier scénario (on a donc joué jusqu’à 2 heures du mat’). Un peu de musique a permis à l’ambiance d’être plus prenante encore. Mes craintes furent donc vite dissipées et la suite de la campagne est déjà planifiée.

Si vos joueurs sont de bonne volonté, ne vous inquiétez donc pas, le scénario est tout simplement aussi excellent en jeu qu’à la lecture. Je suis en revanche plus mitigé quant au système. Dans l’absolu, sa simplicité assure une grande fluidité à l’action, même s’il est assez figé. Eh bien oui, on jette des dés, on ajoute le modificateur et basta. Il y a peu de place à l’interprétation, qui incombe au MJ ou éventuellement au joueur. Ce qui m’a plus dérangé encore, c’est que les mécanismes supplémentaires n’ont été que peu sollicités. Peut-être aurais-je dû mieux aux joueurs. D’autant que dans un scénario pareil, on peut se passer des mécaniques qui risqueraient de casser le rythme et de ramener brutalement les joueurs à la réalité.

Conclusion : quand on est dedans, on est dedans !

Solipcity est le jeu de rôle le plus intéressant que j’aie eu à tester pour l’instant. Et pour cause, impossible de déterminer la direction que vont prendre les joueurs dans un scénario aussi original. Car c’est bien là que le jeu puise toute sa force, son écriture intelligente et inattendue, tant pour le MJ (à la lecture du livre) que les joueurs (quand ils y jouent). Le fait de situer les joueurs à Manhattan et dans un univers contemporain permet en outre d’insister sur les événements, plutôt que de donner des tonnes d’informations sur le décorum. Ce qui permet logiquement d’instaurer une ambiance propice, que je conseille personnellement de saupoudrer d’un peu de musique. Le gros bémol réside dans les règles, a fortiori efficaces mais pas assez abouties. Leur caractère figé risque de ne pas plaire à tout le monde, tandis que les mécanismes supplémentaires peuvent paraître superflus.

Je ne saurais toutefois que vous conseiller Solipcity, que j’ai hâte de retrouver prochainement. Sur ce, je vous dis déjà à bientôt pour une prochaine critique de jeu de rôle !

A bientôt sur Sitegeek,

Musa

Solipcity est un jeu de rôle français sorti en 2012, édité par Les XII Singes et appartenant à leur gamme Clé en main. Comptant 64 pages, Solipcity vous laisse livrés à vous-mêmes dans une New York où tout a foutu le camp et il ne reste plus que vous pour... vous ne savez même…

Verdict

Univers
Design et lisibilité
Système
Et quand on joue ?

Solipcity est un excellent jeu qui mise quasi tout sur son scénario original et immersif. Le système reste perfectible, tandis que certains bouderont le prix un peu élevé du bouquin.

A propos Musa

J'aime tout mais je suis difficile. Voilà qui me résume bien. Littérature, cinéma, jeux vidéo, séries, animés, comics, mangas, jeu de rôle papier, etc. Ce qui compte pour moi, c'est de distinguer ce que j'aime de ce qui est bon ou mauvais. Car non Einstein, tout n'est pas relatif !

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