C’est un constat qui fait mal, mais qui semble résonner chez une grande partie d’entre nous. Récemment, un post Facebook de nos confrères de JV (Jeuxvideo.com) a mis le feu aux poudres avec une phrase choc : « À force de sortir trop de jeux vidéo, l’industrie a perdu les joueurs, et ça fait un moment que ça dure. » Une déclaration qui a agi comme un véritable déclencheur dans la communauté, libérant la parole de centaines de gamers. J’ai pris le temps de décortiquer ce débat houleux pour comprendre ce qui cloche vraiment dans notre loisir favori.
Est-ce qu’on joue moins ? Est-ce qu’on joue mal ? Ou est-ce que l’industrie nous a tout simplement égarés en route ? Entre la fatigue des mondes ouverts interminables, la nostalgie de l’époque PS2 et les nouvelles habitudes de consommation, plongeons ensemble dans ce malaise généralisé et voyons comment on peut, peut-être, sauver les meubles.
L’overdose de contenu : le syndrome du backlog infini
Le premier point qui ressort massivement des échanges, c’est ce sentiment de saturation. Julien, dans les commentaires, résume parfaitement la situation : « C’est clair qu’il y en a trop, j’en ai plein auxquels j’ai jamais joué dans ma bibli. » On est nombreux dans ce cas. Qui n’a pas une bibliothèque Steam ou Epic Games remplie de titres achetés en soldes et jamais lancés ?
Christel nuance le propos en expliquant que « le paysage change ». Selon elle, l’époque des grands succès de masse universels s’effrite au profit de succès de niche. Et elle n’a pas tort. Mxm Djnnix renchérit d’ailleurs en précisant que les joueurs ne sont pas “perdus”, mais simplement « répartis sur différents types et styles de jeu ». On ne joue plus tous à la même chose au même moment. La fragmentation est totale.
Le problème, c’est que l’industrie continue parfois de produire comme si chaque sortie devait être le nouveau GTA ou Call of Duty, inondant le marché et noyant les joueurs sous un flux ininterrompu d’informations et de sorties.
Le jeu vidéo : Art ou “Asset économique” ?
C’est sans doute l’analyse la plus cinglante du fil de discussion. Nicolas tape là où ça fait mal : « Le jeu vidéo est vu comme un asset économique, et non plus ce qui a fait de son intérêt majeur : l’accessibilité, la richesse et la passion des créateurs. »
Difficile de le contredire quand on voit la multiplication des microtransactions, des Battle Pass et des jeux sortis non finis. Cette vision du joueur comme une « sorte de consommateur impulsif » a fini par briser la confiance. Stéphane, un autre intervenant, parle même de jeux qui ont « perdu leur âme ». Il pointe du doigt une plaie moderne : l’obligation de connexion permanente et la fermeture des serveurs qui transforme nos achats en coquilles vides. « Avant, tu mettais ton CD dans la console et tu le torchais comme jamais », regrette-t-il.
Ce sentiment d’être pris pour des “pigeons”, relevé par Geoffray (qui égratigne au passage les journalistes un peu trop enthousiastes sur les notes), montre un fossé grandissant entre les éditeurs et leur public.
Gameplay vs Cinéma : On veut jouer, pas regarder !
Un autre point de friction majeur concerne l’évolution même du gameplay. Ludovic utilise une métaphore qui m’a fait sourire mais qui est terriblement juste : « À chaque fois t’as l’impression de contrôler un 38 tonnes, c’est mou, c’est lent. »
Il y a une vraie lassitude face aux jeux ultra-réalistes qui privilégient la claque visuelle au plaisir immédiat de la manette. Sylvain abonde dans ce sens en parlant de « films interactifs » et avoue être retourné chez Nintendo pour retrouver « un semblant de sensation de jeu », car ils seraient les seuls à innover sur le gameplay au lieu du visuel. C’est un débat vieux comme le monde, mais qui revient en force : à force de vouloir faire du cinéma, le jeu vidéo en oublie parfois qu’il doit être… un jeu.
Quelles solutions pour retrouver la flamme ?
Face à ce constat un peu sombre, tout n’est pas perdu. En lisant entre les lignes de vos réactions, plusieurs pistes se dessinent pour réconcilier les joueurs avec leur passion :
- Accepter le format court : Ludovic le dit très bien, « vaut mieux des jeux de 15h à 40 euros que tu es content de finir, que des jeux interminables à 80 euros ». L’industrie doit comprendre que nous n’avons plus tous 15 ans et 100 heures devant nous. Un jeu court, intense et maîtrisé vaut souvent mieux qu’un open-world rempli de vide.
- La consommation par abonnement : Sébasuchan prône le modèle du Game Pass Ultimate. Pour lui, c’est la solution idéale : jouer sur Xbox, PC ou tablette sans se ruiner à l’achat unitaire. Cela permet de tester, de zapper sans culpabilité et de découvrir des pépites qu’on n’aurait jamais achetées au prix fort.
- Explorer de nouvelles technologies : Pierrick a trouvé sa solution radicale : la VR (Réalité Virtuelle). « Je ne joue maintenant qu’en VR et je ne m’en lasse pas… je redécouvre le jeu vidéo ! » Changer de perspective, littéralement, peut raviver la flamme.
- Le retour aux sources : Le succès du rétrogaming ou des jeux “à l’ancienne” (gameplay arcade, fun immédiat, coop locale) montre qu’il y a une demande énorme pour la simplicité.
Avis : L’industrie doit faire sa crise d’adolescence
Ce débat Facebook est symptomatique d’une période charnière. Non, le jeu vidéo n’est pas mort, et les joueurs ne sont pas partis élever des chèvres dans le Larzac. Mais nous sommes devenus plus exigeants, plus sélectifs et, disons-le, moins dupes.
L’industrie doit arrêter de courir après le photoréalisme à tout prix ou la durée de vie artificielle si c’est au détriment du fun et de l’innovation. Les commentaires le prouvent : on veut du ressenti, de la passion, et surtout, on veut que notre temps de jeu soit respecté. Si les éditeurs parviennent à rééquilibrer la balance entre “asset économique” et “création artistique”, les joueurs seront toujours au rendez-vous. En attendant, c’est peut-être le moment idéal pour vider un peu ce fameux backlog, non ?
Et vous, quel est votre remède contre la lassitude vidéoludique ? Vous êtes plutôt team “Rétro”, team “VR” ou team “Pause complète” ?



