Michaël Jackson a fait vendre des millions de disques, mais saviez-vous qu’il est probablement la personnalité qui a fait vendre le plus de Sega Megadrive dans les années 90 ? Retour sur ce titre légendaire qui a mis la 16-bits de Sega sur orbite jusqu’à la lune : Moonwalker.

Test vidéo de Moonwalker sur Sega Megadrive

Moonwalker est avant tout LE film mettant en scène le grand Michaël. Sorti en octobre 1988 aux USA, il a généré à lui seul 67 millions de dollars de recette au box-office. Son succès repose surtout et absolument sur la personnalité phare de l’époque, le susnommé King of Pop. Le titre du film, Moonwalker, est directement inspiré de son pas de danse légendaire éponyme. En 1990, le long-métrage musical a été adapté sur la jeune et ambitieuse Sega Megadrive 16-bits, Genesis au pays de l’oncle Sam. Le jeu est sorti en février 1991 en Europe. Soit un an après la console sur ces mêmes territoires.

Comment Sega a-t-il pu attirer le Grand Michaël ?

Michaël, Arcade et 16 bits !

Fin des années 80, Nintendo a le vent en poupe et Sega a du mal à s’accrocher. La course à la console de salon la plus prolifique est clairement dominée par la NES de Nintendo et le catalogue de Big N a la cote. Mike Tyson et Nintendo ont même crevé l’écran avec une pub qui déchire tout. Lorsque Sega se décide à passer la seconde vitesse et de lancer en primeur sa console 16-bits, il cherche un visage à mettre sur sa line-up. Sonic et ses fresques à la vitesse du son ne sont encore que des embryons imaginaires et le portefeuille de Sega ne grouille pas encore de noms ronflants. Certes, le catalogue arcade de la firme est un fier étendard, mais pas assez pour concurrencer le rouleau compresseur Nintendo et ses Mario, Donkey Kong et consorts.

En 1989, Al Nilsen et Dan Sakurai, alors à la tête des mouvements Sega aux USA pour l’un et au Japon pour l’autre, parviennent à chopper un rendez-vous avec Mister Jackson. Pour l’amadouer et lui proposer de s’associer au projet Moonwalker version jeu vidéo, il lui offre la première Megadrive de l’histoire, dans le pack Altered Beast ! La légende raconte donc que Michaël Jackson est le premier propriétaire d’une 16-bits de Sega ! Fan absolu d’arcade, il déclare aux big boss de Sega qu’il est fan d’Altered Beast et qu’il possède la borne arcade chez lui ! Et c’est ainsi que nait l’histoire du projet Michael Jackson’s Moonwalker.

Moonwalker Megadrive

On sort la Megadrive et en avant pour un bain de pixels !

Moonwalker, c’est Sega sinon rien !

Notez que Nintendo avait déjà démarché la star pour adapter son film sur NES, mais Michaël avait refusé. Il estimait en effet que la technologie 8-bits était incapable de rendre hommage à ses mélodies. Raison de plus pour accepter le projet de Sega et s’investir à fond dans le développement de la version 16-bits. Son implication était telle qu’il est d’ailleurs même crédité au générique du jeu, comme concepteur de l’univers du jeu.

Quand on connait la méticulosité de l’artiste et le monstre de perfection qu’il était quand il s’agissait de bon son, on imagine l’impact qu’il a pu avoir sur le rendu esthétique final du soft. D’ailleurs ils ont même développé deux titres ensemble. La version Megadrive et la version arcade. Je reviendrai ultérieurement sur la version arcade qui est pour moi la meilleure version à ce jour… mais c’est une autre histoire. Le titre est aussi sorti sur Master System mais il vaut mieux ne pas l’évoquer.

Screen moonwalker voiture jaune

Bienvenue chez Michaël !

Moonwalker : Le deuxième Round de la guerre des consoles

Ainsi, Sega lance une campagne publicitaire aux Etats-Unis qui a pour slogan “Genesis does, what Nintendon’t !” En France, elle se traduira par “Sega, c’est plus fort que toi“. Avec des pubs, vendant la présence de Michaël et d’autres s’appuyant sur la richesse de son catalogue arcade, Sega parvient à mettre en avant la puissance de sa console. La pub a même été diffusée au Japon. L’ado que j’étais en 1990 n’en croyait pas ses yeux. Dans les cours de récré, on ne parlait que de la Megadrive. La campagne publicitaire et les spots TV faisaient rêver tous les gamers, et Moonwalker contribuait grandement à cette Segamania.

Allez, le décor étant planté, le temps est venu de ressortir la Megadrive et de redécouvrir ce titre qui m’a fait rêver il y 30 ans… Bien que le jeu ait reçu des critiques dithyrambiques à l’époque, la magie opère-t-elle toujours ?

pub sega vs nintendo

Et un jour, j’ai joué à Moonwalker : Le test

Moonwalker et son scénario bidon

Allez, n’y allons pas par quatre chemins. Présenté comme un beat’m all, Moonwalker ne fait pas mieux que les autres titres du genre à l’époque. En se calquant sur le long métrage, Michaël doit donc se défaire d’une horde de truands sévissant en pleine prohibition au milieu des années 30. Les méchants gangsters, commandés par le vilain Mister Big, incarné par Joe Pesci d’ailleurs dans le film, ont en effet enlevé des enfants que Michaël doit sauver. Les chérubins prisonniers sont distillés un peu partout dans le jeu et sont tous des représentations de la petite fille Kelly du film. Michaël qui sauve des enfants ? Le scénario ne tient pas plus la route que celui d’un Streets of Rage, on est d’accord.

Michaël Jackson contre boss

Pour faire simple, il faut attraper le méchant monsieur persuadé qu’on ne le choppera pas !

Des graphismes 16-bits qui divisent

Esthétiquement, Moonwalker a trois missions : s’imposer comme une vitrine technologique de la 16-bits de Sega, rendre hommage au physique de l’artiste et rendre une copie reconnaissable de sa discographie. Concernant l’aspect général du jeu, ça ne casse pas trois pattes à un canard. C’est joli comme un jeu 16-bits, mais ça ne s’illustre pas plus que cela. Les décors et les ennemis sont répétitifs et les couleurs sont moyennement exploitées.

Par contre, la gestuelle et les manières de Jackson sont magnifiques. Les développeurs sont parvenus à singer le plus grand chanteur / danseur de tous les temps avec une efficacité bluffante. Enfin, les musiques sont délirantes. Les chiptunes de Sega vrombissent comme un V8 et on prend un réel plaisir à écouter les partitions old-school. D’ailleurs, aujourd’hui, avec une petite astuce, vous pouvez même rejouer sur votre Megadrive avec les vraies chansons de l’artiste. Soit avec un Everdrive, soit en gravant la partie audio du jeu sur un CD et en uploadant  le jeu modifié dans une cartouche. Cela pourrait faire l’objet d’un tuto si cela vous dit !

Les chorégraphies de Michaël n’ont pas pris une ride de pixel !

Le gameplay de Moonwalker – On nous aurait vendu du rêve ?

L’astuce du gameplay repose sur le paradoxe du scénario. À chaque fois que Michaël sauve un enfant des griffes des prédateurs, il récupère de la magie. Cette magie pimente le gameplay. Basiquement, pour vaincre vos belligérants, vous pouvez soit donner des coups de pied, lancer votre chapeau, ou lancer de la poudre de d’étoile. En récupérant une étoile filante, vous vous transformez même en robot tout puissant, directement inspiré du film. Enfin, avec suffisamment de magie, vous pouvez donc déclencher le coup spécial de Michaël. Ce dernier entamera une battle chorégraphiée de toute beauté, qui fera bouger tous les ennemis sur le dance-floor façon figurant de Michaël dans ses clips. Fatality avant l’heure, seul Michaël en sortira vainqueur. Hey, c’est qui le King of Pop ici ?

Screen moonwalker choré flipper

Quand Michaël lance sa choré, c’est tout l’écran qui se met à bouger pour mieux mourir !

Même si toutes ces petites astuces de gameplay sont sympa, il faut admettre que cela reste de la poudre aux yeux. En effet, les hitbox des ennemis, donc les endroits vulnérables sur leur corps, sont imprécises. Quand vous les frappez, une fois, vous les touchez, une fois ce ne sera pas comptabilisé. Ce genre d’aléas, couplé à une inertie très rigide de votre avatar rendent certains passages terriblement énervants. Cela va du simple escalier à monter en diagonale, à la horde de zombies qui débarquent de partout qu’on peut frapper, mais pas toujours blesser.

La difficulté n’est pas énorme, si ce n’est dans le dernier stage qui donne plus de fil à retordre, mais l’imprécision générale fait perdre beaucoup de temps. De plus, il arrive à plusieurs reprises d’avoir l’impression d’avoir sauvé toutes les fillettes d’un stage et de tourner en rond, juste parce que le level design laisse à désirer. Or, me balader dans le vide juste parce que le chemin à suivre n’est pas intelligible, je trouve cela particulièrement agaçant.

Screen moonwalker petite fille

MJ qui sauve des petites filles… ^^

Conclusion : ce Moonwalker Megadrive est-il si géniale que son héros ?

Force est de constater que nous sommes pour la plupart, des buveurs d’étiquettes. Qu’il s’agisse d’un grand Champagne, d’un sac signé de la main d’un couturier qui a le vent en poupe, ou d’un jeu vidéo bien vendu, l’objectivité repose parfois sur des leviers bien subjectifs. Moonwalker est le parfait exemple d’un produit marketing si bien vendu, qu’il parvient à berner son public. Après, danser comme Michaël, en 1991, ça n’avait clairement pas de prix. Alors, Moonwalker est clairement un jeu génial très moyen. La campagne marketing autour de lui par contre, se consomme sans modération !

Et vous, vous tombez encore dans les pièges de la pub ? Ça vous dirait de retrouver Michaël Jackson dans un jeu vidéo ? Car si ça vous botte, je vous parlerai bientôt de Space Channel V sur VR, dans lequel Space Michael fait une apparition sympathique…

Dites-moi tout cela en commentaire sur Sitegeek et à très bientôt pour d’autres aventures pixelisées !

Vega