L’année passée, j’avais décidé de mettre ma Xbox au placard et aujourd’hui, c’est au tour de ma PS5. Cette décision n’a pas été prise à la légère, mais elle reflète une réalité que de plus en plus de joueurs commencent à ressentir : Sony ne dialogue plus avec sa communauté et enchaîne les coups de com foireux qui donnent l’impression que le joueur n’est plus au centre de ses priorités.
La fin annoncée du jeu physique
Le 1er juillet 2026, Sony a annoncé sans grande cérémonie qu’à partir de janvier 2028, plus aucun nouveau jeu PlayStation ne sortirait sur support physique. Uniquement du numérique via le PS Store. Officiellement, il s’agit de suivre les préférences des consommateurs. Officieusement, c’est surtout un moyen de verrouiller un peu plus les joueurs dans un écosystème où revendre, prêter ou collectionner un jeu devient impossible.
D’ailleurs, loin de moi l’idée de faire le boomer car je suis avant tout un joueur PC et je suis donc habitué au dématérialisé depuis très longtemps. Mais au moins sur PC, je suis libre de décider sur quelle plateforme je vais acheter un jeu et par extension de choisir le prix qui me convient le mieux. Car sur PlayStation à partir de 2028, on ne pourra plus acheter son jeu chez le petit magasin de jeux vidéo du coin, ni même sur Amazon qui proposait toujours des prix assez compétitifs par rapport au store officiel de Sony. En bref, Sony aura le monopole de ses ventes et je suis persuadé que ça ne fera pas du tout bénéfiques pour nos porte-feuilles.
Un boycott, une plainte et le silence en réponse
La riposte n’a pas tardé. Le mouvement « PS Blackout », lancé sur X, a appelé les joueurs à boycotter totalement PlayStation fin août : plus aucune connexion, aucun achat, aucune session de jeu. Certains sont même allés jusqu’à résilier leur PS Plus.
Et comme si ça ne suffisait pas, Sony a choisi ce moment précis, le week-end du 22 au 23 août, pour envoyer un mail à des millions de joueurs. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que son contenu était lunaire : les jeux numériques ne sont qu’une licence, révocable à tout moment en cas de suspension du compte, sans obligation pour Sony de restaurer quoi que ce soit. Mais le plus étonnant concerne les vidéos de gameplay. Le texte précise que le joueur reste « propriétaire » de ses clips, sauf que ce même texte autorise dans la foulée Sony à les concéder sous licence, les vendre et les exploiter commercialement à des fins publicitaires, sans un centime ni un accord explicite du créateur. À cela s’ajoute la possibilité pour l’entreprise de collecter les communications écrites et vocales, les horaires et lieux d’activité, le nom réel, l’identifiant PSN et l’adresse IP. Envoyer un rappel pareil à quelques jours d’un mouvement de boycott, ce n’est plus de la maladresse, c’est presque une provocation.

En parallèle, Sony se retrouve devant la justice, sommée de prouver qu’elle informe correctement les joueurs sur leurs droits de propriété concernant les jeux numériques. Et l’argumentaire de la défense a de quoi hérisser : Sony affirme qu’il n’est « pas crédible » qu’un consommateur raisonnable pense posséder un jeu numérique qu’il a acheté. Une déclaration assez cynique, car jusqu’à preuve du contraire, on clique bel et bien sur une bouton “Acheter” dans le PS Store.
Face à la grogne, Sony Japon a réagi. Pas en ouvrant le dialogue, mais en instaurant, dès le 1er septembre, une politique permettant de restreindre l’accès au support client aux utilisateurs jugés trop insistants. Officiellement pour protéger les employés. Dans les faits, le timing en dit long : plutôt que de répondre sur le fond, on cadre la contestation.
Une hécatombe de studios
Comme chez Microsoft, la casse sociale est bien réelle du côté de PlayStation Studios. Firewalk Studios (le studio derrière Concord) a été fermé fin 2024, à peine un mois après le retrait du jeu. Neon Koi, le studio mobile de PlayStation, a fermé sans avoir sorti le moindre titre. Et en mars 2026, c’est Bluepoint Games, référence absolue du remake (Demon’s Souls, Shadow of the Colossus), qui a mis la clé sous la porte, laissant 70 développeurs sur le carreau.
L’échec de Concord et la fuite en avant vers le jeu-service
Concord reste l’exemple parfait d’une stratégie ratée. Plus de 200 millions de dollars investis, un jeu retiré des plateformes deux semaines seulement après son lancement, des pertes totales estimées à environ 400 millions de dollars. Sur les douze projets de jeux-service promis sous l’ère Jim Ryan, seuls deux sont sortis : Helldivers 2, un succès, et Concord, un fiasco retentissant.
Le problème, c’est que malgré cet échec cuisant, la logique reste la même : miser sur l’abonnement PS Plus et les microtransactions pour générer des revenus récurrents, quitte à sacrifier ce qui a construit la réputation de PlayStation, à savoir de bons jeux solo.
L’affaire Kojima, ou trois décennies de confiance balayées
S’il fallait un symbole de la dérive actuelle, ce serait celui-là. Mi-juin 2026, Sony a annulé sans préavis sa collaboration avec Kojima Productions sur Physint, l’héritier spirituel de Metal Gear Solid, présenté en grande pompe en 2024. Budget qui explose, délais non tenus, résultats commerciaux de Death Stranding jugés insuffisants : les raisons avancées en coulisses ne manquent pas. Kojima a dû passer trois mois à chercher un nouveau partenaire avant de trouver refuge chez… Xbox, qui récupère le projet début septembre.
Après presque trente ans de collaboration, depuis le Metal Gear Solid original sur la première PlayStation, voir Sony lâcher un créateur de cette envergure aussi brutalement, sans même une vraie explication publique, en dit long sur l’état d’esprit actuel de l’entreprise.
Le cas Wolverine
Et puis, il y a Wolverine qui vient de sortir et qui devait être le digne successeur de Spider-Man d’Insomniac Games. Car le moins qu’on puisse dire, c’est que le jeu n’a pas reçu un très bon accueil. J’étais donc curieux de pouvoir me faire mon propre avis et de vous partager un test, mais ça ne sera pas le cas. Car en dépit du fait qu’on m’avait dit que je recevrais un code, le jour de la sortie, plus aucune réponse à mes mails et pour l’heure, toujours aucun code reçu. Résultat : impossible pour moi de vous proposer un test sur ce jeu, puisque je ne peux décemment pas juger un titre auquel je n’ai pas joué.
Alors certes, vous pourriez me basher en me disant que je pleure de ne pas avoir reçu le jeu gratuitement et que je pourrais l’acheter comme tout le monde et vous auriez tout à fait raison. Sauf que ça va bien plus loin que cela puisque ça illustre parfaitement ce qu’on observe à plus grande échelle avec les joueurs : le jeu se fait descendre avant sa sortie et le jour J, Sony fait la poule morte.
Pourquoi j’arrête là
Après mûre réflexion, voici mes raisons pour ranger ma PS5 :
- Une fin du support physique imposée sans concertation, qui verrouille un peu plus les joueurs
- Une communication qui privilégie systématiquement le silence face aux critiques légitimes
- Une politique de sanction envers les clients mécontents plutôt qu’une réponse sur le fond
- Une gestion des studios marquée par des fermetures en cascade, y compris de talents reconnus
- L’abandon brutal d’un partenariat historique avec Kojima, sans réelle transparence
- Un mépris jusque dans les relations presse, dont j’ai fait les frais personnellement
Sony domine le marché des consoles depuis des années et j’ai l’impression qu’ils ont commencé à un peu trop prendre la grosse tête. Car dominer un marché n’a jamais empêché une entreprise de perdre la confiance de sa communauté. En bref, ma PS5 restera au placard pour l’instant, et je ne suis pas pressé de l’en sortir.
Johnny





